Combien coûte vraiment une campagne de financement participatif en Afrique
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Une campagne qui affiche « objectif atteint » n'a pas encaissé son objectif. Entre le montant collecté et l'argent réellement disponible pour le projet, il y a une série de prélèvements que presque aucun porteur n'anticipe correctement, et qui peut représenter plus de dix pour cent du total.
Cet article fait le compte, poste par poste, avec des exemples chiffrés. Non pas pour décourager, mais parce qu'un objectif calculé sans ces frais est un objectif que l'on atteint sans pouvoir faire le projet.
Les six postes de coût
1. La commission de la plateforme
C'est le poste le plus visible et rarement le plus lourd. Les plateformes se situent généralement entre 3 et 8 % du montant collecté.
Deux modèles existent, et la différence compte : tout ou rien, où vous ne touchez rien si l'objectif n'est pas atteint, et collecte libre, où vous gardez ce qui est venu. Le premier rassure les contributeurs, qui savent qu'ils ne financeront pas un projet à moitié. Le second protège le porteur. Regardez lequel s'applique avant de fixer votre objectif.
2. Les frais de paiement
Ils dépendent entièrement du moyen utilisé, et l'écart est considérable.
Mobile money : comptez généralement de 1 à 3 % selon l'opérateur et le pays. C'est le canal le moins cher, ce qui est une chance puisque c'est aussi celui que la majorité des contributeurs au pays emploiera.
Carte bancaire internationale : nettement plus cher, souvent 2,9 % plus une part fixe par transaction. C'est le canal de la diaspora, et la part fixe pèse lourd sur les petits montants.
C'est un point que peu de gens calculent : sur une contribution de 5 €, une part fixe de 0,30 € représente déjà 6 % avant même le pourcentage. Sur les petits dons, les frais fixes coûtent plus que les pourcentages.
3. Le retrait, souvent oublié
Recevoir l'argent sur un portefeuille mobile ne suffit pas : il faut ensuite le retirer, et le retrait a son propre barème, généralement dégressif par tranches.
Sur un montant important, cela peut représenter plusieurs points supplémentaires. Renseignez-vous sur le barème de votre opérateur avant de fixer l'objectif, et prévoyez de retirer en une fois plutôt qu'en dix petites opérations : les barèmes par tranche punissent le fractionnement.
4. Le change
Si vos contributeurs paient en euros ou en dollars et que vous dépensez en monnaie locale, il y a une conversion, et elle a un coût rarement affiché : la marge sur le taux appliqué.
Ce poste dépend fortement du pays :
- En zone franc CFA, le taux est fixe (1 € = 655,957 FCFA) : le risque est nul, seule reste la marge du prestataire.
- Au Kenya, en Ouganda, en Tanzanie, au Rwanda ou en Guinée, la monnaie flotte. Entre le début d'une campagne de six semaines et l'achat du matériel, la valeur réelle de la somme peut avoir bougé sensiblement.
- En Tunisie, le dinar n'est pas librement convertible et le contrôle des changes ajoute une contrainte réglementaire en plus du coût.
Nos guides pays détaillent cette question marché par marché.
5. Les contreparties
C'est le poste qui ruine le plus de campagnes, parce qu'il n'apparaît nulle part avant la fin.
Une contrepartie physique a un coût de production, un coût d'emballage, un coût d'expédition et un coût de temps. Cent colis à envoyer, c'est cent adresses à collecter, cent emballages, et plusieurs jours de travail.
Règle simple : une contrepartie physique ne doit jamais dépasser 30 % de la contribution correspondante, tout compris. Si elle en représente 60 %, vous avez ouvert une boutique déficitaire, pas levé des fonds.
Les contreparties immatérielles (mention, accès anticipé, visite, rapport détaillé) coûtent presque rien et sont souvent plus appréciées qu'un objet.
6. Votre temps
Il ne figure sur aucune facture et c'est pourtant le coût principal.
Une campagne sérieuse demande plusieurs semaines de préparation avant le lancement, puis une présence quotidienne pendant toute sa durée : répondre, relancer, publier, remercier. Une campagne qu'on lance et qu'on laisse vivre ne lève rien.
Un exemple chiffré
Prenons une campagne au Sénégal visant 3 000 000 FCFA, soit environ 4 575 €, avec 70 % de contributions locales en mobile money et 30 % de contributions de la diaspora par carte.
| Poste | Base | Estimation |
|---|---|---|
| Commission de plateforme | 5 % de 3 000 000 | 150 000 FCFA |
| Frais mobile money | ~2 % de 2 100 000 | 42 000 FCFA |
| Frais carte | ~3 % + part fixe sur 900 000 | 40 000 FCFA |
| Retrait | barème opérateur | 25 000 FCFA |
| Contreparties | 20 % des contributions concernées | 120 000 FCFA |
| Total prélevé | ~377 000 FCFA | |
| Net disponible | ~2 623 000 FCFA |
Soit environ 12,5 % entre l'objectif affiché et l'argent utilisable. Les chiffres varient selon les prestataires et les pays, mais l'ordre de grandeur se retrouve partout.
La conséquence pratique : si votre projet a besoin de 3 000 000 FCFA, votre objectif de campagne doit être d'environ 3 450 000 FCFA. Fixer l'objectif au besoin net revient à réussir sa campagne et à ne pas pouvoir faire le projet.
Ce que coûte l'échec
Une campagne qui n'atteint pas son objectif coûte aussi, même en modèle « tout ou rien » où rien n'est prélevé.
Elle coûte le temps investi. Elle coûte la crédibilité auprès de ceux qui ont contribué et voient l'échec. Et elle coûte un capital de sollicitation : les gens que vous avez mobilisés ne se remobiliseront pas trois mois plus tard avec le même enthousiasme.
D'où une règle contre-intuitive mais robuste : fixez un objectif que vous êtes à peu près certain d'atteindre, quitte à ce qu'il soit modeste. Une campagne qui dépasse son objectif de 40 % construit une réputation. Une campagne qui atteint 80 % d'un objectif ambitieux ne construit rien, et ne finance rien non plus.
Comment réduire la note
Privilégiez le mobile money dans votre communication au pays : c'est le canal le moins cher, et le plus simple pour le contributeur.
Découragez les micro-contributions par carte. Une contribution minimale un peu plus haute pour ce canal évite que les frais fixes ne mangent le don. Suggérez plutôt des paliers.
Préférez les contreparties immatérielles. Elles coûtent presque rien et un contributeur de la diaspora préfère souvent un rapport détaillé à un objet qu'il faudra lui expédier.
Retirez en une fois. Les barèmes par tranche punissent le fractionnement.
Annoncez vos frais publiquement. C'est contre-intuitif et cela fonctionne : un budget qui affiche « dont 377 000 FCFA de frais » est plus crédible qu'un budget rond. Il prouve que vous avez fait le calcul.
Pour aller plus loin
Notre article sur la mobilisation de la diaspora détaille comment construire le premier cercle de contributeurs, et celui sur les dossiers de candidature explique comment combiner une campagne avec une demande de subvention, qui elle ne prélève rien.
Amorcia affiche ses frais avant le lancement, et débloque les fonds par jalons plutôt qu'en une fois : le porteur sait ce qu'il touchera, et le contributeur sait à quoi son argent est lié. Rejoignez la liste d'attente pour être parmi les premiers à lancer.